Mais d'une manière spirituelle, ça pourrait se concrétiser
Effectivement le match Alekhine-Fischer aurait été le plus époustouflant match jamais imaginé; Deux joueurs au style universel, connaissant tous deux l'ab du ba aux échecs...
Si on imagine que Fischer embarque dans la machine à explorer le temps de H.G. Wells, et qu'il rencontre Alekhine (les 2 joueurs étant à leur peak respectif), je crois que Fischer aurait plié Alekhine en quatre et l'aurait mis dans sa poche d'en arrière.
L'issue du match hypothétique Fischer-Karpov, qui aurait pu avoir lieu (1975), restera à jamais un mystère. Karpov était tout un joueur à cette époque...pas mal plus fort que Spassky, je soupçonne. Et les russes auraient vraiment tout mis pour que ne se répète pas l'humiliation de 1972. D'un autre côté...Fischer c'est Fischer.
Et Fischer-Kasparov 1982? Malgré toute l'admiration que j'ai pour le génial américain, je crois que Kasparov, même avant d'avoir atteint le sommet de son art, aurait triomphé. Comme l'écrivait Jon Speelman, le changement de génération des joueurs d'échecs -environ 10 ans!- est en général plus rapide que le biologique: les échecs évoluent (de plus en plus) vite. Et détail non négligeable, Fischer n'aurait justement pas joué depuis 10 ans.
"...Je crois que Fischer aurait plié Alekhine en quatre et l'aurait mis dans sa poche d'en arrière.» -Serge Champetier
Hum ...! Ce genre de commentaires est hasardeux ! Tu peux en parler à Richard Sévigny, ex-gardien du Canadien, aujourd'hui sombré dans l'oubli. À la veille d'une série éliminatoire, en '81, contre Edmonton, Sévigny avait déclaré:«...Lafleur va mettre Gretzky dans sa p'tite poche !» On connaît la suite. Même Bob Gainey en était défrisé !
Je suis d'accord avec Serge. J'ajouterai que, compte tenu de la très chaude lutte que Korchnoi a menée contre Karpov en 1978, malgré sa famille en otage et le pseudo-médium (Zouchar ?) installé parmi les spectateurs pour l'intimider, compte tenu de cette chaude lutte donc, je crois que Fischer aurait battu Karpov en 1975, plus difficilement certes que Spassky en 1972. Dès 1972, Karpov était sans doute meilleur que Spassky, puisqu'il l'a battu dans un match d'entraînement.
Mais Fischer aurait sans doute battu tous les champions qui l'ont précédé. Peut-être pas Kasparov, en effet. Mais ce sont des questions qui reviennent pour tous les sports, et sur lesquelles on continuera de discuter sans fin.
Par exemple, puisque le Super Bowl vient de se terminer (Hourra pour les Giants!), je dirai que mon quart-arrière préféré de tous les temps est Joe Montana. Pas très original, je l'admets.
On peut arguer en faveur d'Otto Graham, de Dan Marino, de Terry Bradshaw, de Johnny Unitas et de Joe Namath, et d'autres encore. La fraise est-elle meilleure que la framboise ?
Richard Sauvé a écrit : Dès 1972, Karpov était sans doute meilleur que Spassky, puisqu'il l'a battu dans un match d'entraînement.
En fait, je crois que ce n'est pas tout à fait vrai. Je suis à terminer la lecture du tome 4 de la série de KASPAROV My great predecessors, consacré à Fischer, et il écrit (traduction libre) "Il était prévu que la préparation [pour le match contre Fischer] se termine par plusieurs parties d'entrainement contre le jeune Karpov, 'dont le style, aux yeux des entraineurs, est similaire au jeu de Fischer.' (Baturinsky). Cependant, tel que l'écrit Karpov lui-même, seulement qu'une seule partie fut jouée: 'Pour cette première partie, il a commandé une Espagnole, j'avais les Blancs et gagné rapidement une position gagnante, mais... j'ai trop poussé les choses et perdit. Spassky avait aimé la partie. Il décida donc qu'il était en excellente forme et qu'il n'y avait aucune raison pour poursuivre le test.'. " (p.451)
Tiens! Ça ne concorde pas du tout avec ce que j'avais su à l'époque. Je me rappelle nettement que Karpov ait déclaré, peu avant ou après le match Fischer-Spassky de 1972: "Je n'ai pas perdu", parlant de son match d'entraînement contre Spassky. Bien plus tard, il me semble avoir lu que Karpov prétendait avoir gagné.
Karpov se serait donc un peu vanté en disant: "Je n'ai pas perdu"... si la dernière version est la bonne.
Richard Sauvé a écrit : Dès 1972, Karpov était sans doute meilleur que Spassky, puisqu'il l'a battu dans un match d'entraînement.
Indépendamment du résultat, un match d'entraînement ça reste ... un match d'entraînement! En 1985, j'ai "gagné" un match d'entraînement contre K. Spraggett (+1, =4) alors que ce dernier choisissait les ouvertures et jouait le plus souvent avec les Blancs! Évidemment, ça ne prouvait pas que "j'étais sans doute meilleur que lui".
Jouer pour s'entrainer, ce n'est pas la même chose que compétitionner. Néanmoins, je pense que Spraggett commençait à être un peu frustré du résultat. D'alleurs il n'a pas voulu jouer la 6e partie qui était prévue.
Ce n'est pas moi, bien sûr, qui peut juger si Karpov était meilleur que Spassky en 1972! J'avais simplement l'impression que cette opinion était répandue, me souvenant parfaitement de ce "Je n'ai pas perdu!". Il y a aussi que Spassky n'a guère impressionné pendant son règne de trois ans (il avait battu Petrossian en 1969). A moins que je ne me trompe, Spassky n'a gagné aucun tournoi pendant son court règne (aucun tournoi seul, en tout cas).
Karpov s'est montré si formidable à compter de 1975, remportant tournoi sur tournoi, sa domination n'étant contestée que par l'héroique Korchnoi, jusqu'à l'arrivée de Kasparov (qui a tout de même mis du temps à prendre sa mesure), qu'on se demande à quel moment Karpov est devenu meilleur que Spassky.
Richard Sauvé a écrit :Il y a aussi que Spassky n'a guère impressionné pendant son règne de trois ans (il avait battu Petrossian en 1969). A moins que je ne me trompe, Spassky n'a gagné aucun tournoi pendant son court règne (aucun tournoi seul, en tout cas).
Petrossian n'impressionne pas toujours lui non plus lors de son règne de champion du Monde. À Santa Monica en 1966, il terminera dans la deuxième moitié de ce double-rotation de 10 joueurs, perdant entre autres ses deux parties contre Bent Larsen. Pendant ce temps, Boris Spassky naviguait tranquillement (un peu trop peut-être?!) vers la première place, talonné par un certain Bobby Fischer.
C'est vrai, Serge, que j'ai été un peu dur pour Spassky: Taimanov, Larsen et Petrossian ont faire pire que lui contre Fischer, en 1971-72.
Petrossian n'avait pas l'agressivité qu'il fallait pour gagner bien des tournois: trop de nulles. En match par contre, il devait être redoutable quand il était à son sommet, ce qui explique son règne de six ans.
Je continue à croire que Karpov aurait peut-être fait mieux que Spassky contre Fischer, en 1972. Et peut-être pas. Nous ne le saurons jamais.
Cet extrait vidéo montre le Fischer comme on aimerait toujours se rappeler: le type un peu dans sa bulle, mais charismatique malgré tout...et fantastique joueur d'échecs!
Serge Champetier a écrit :Cet extrait vidéo montre le Fischer comme on aimerait toujours se rappeler: le type un peu dans sa bulle, mais charismatique malgré tout...et fantastique joueur d'échecs!
Pourquoi ne pas choisir ses propres souvenirs ?
Le Fischer de jadis est le seul qui peuple mes souvenirs.
Je laisse les autres aux historiens et psys de tout acabit.
Jean-Pierre Rhéaume
« Ce qui est grave, ce n'est pas que tant de gens croient à l'astrologie, c'est qu'ils jugent de choses sérieuses avec des têtes qui croient à l'astrologie. » Jean Rostand (Inquiétudes d'un biologiste, 1976)