Le TNM présentait samedi, en après-midi, "La Tempête", de Shakespeare.
Il y a entre moi et Shakespeare, et particulièrement avec la Tempête, une longue histoire de réflexion et de complicité.
Cette pièce, à une heure sombre, il y a plus de vingt ans, m'a permis de marquer des points de repère et a contribué a donner un nouvel élan à certaines choses de ma vie. En quelque sorte, elle a changé quelques-unes de mes perceptions et tuer, quelque part, de nombreux préjugés.
Nicholas Rowe, le premier biographe de Shakespeare, écrivait en 1709 : "Jamais la grandeur du génie n'apparaît mieux chez Shakespeare que lorsqu'il donne libre cours à sa fantaisie et que, sous l'essor de l'imagination, sa pensée s'élève au-delà de l'humanité et en dehors des limites du monde visible, comme dans la Tempête, pièce d'une telle perfection qu'elle doit être placée parmi ses écrits les plus achevés. "
Le propos de cette pièce est multiple : lutte entre le pouvoir et le savoir, entre l'élévation de l'esprit et la bassesse de l'homme (parfois), et la domination de la nature par ce dernier. Enfin, ça, c'est qu'on y note d'abord. Mais la profondeur de la Tempête va largement au-delà de ce premier constat.
Pour un, je vois plutôt cette pièce comme une oeuvre de sagesse et de réflexion sur l'homme, et qu'il s'agisse de n'importe quel homme. Cette oeuvre est un effort de compréhension de soi, un peu comme si l'auteur regardait sa propre vie, vers la fin, et qu'il en tirait quelques conclusions sur l'essence même de ce qu'il y a de bon en l'être humain. Cette pièce est davantage que le testament littéraire de Shakespeare. Intrinsèque à la Tempête, il y a, à tout le moins dans le texte, tout Shakespeare, l'auteur et l'homme, cette être profondément observateur et intelligent qui, on le constate, a tout à fait compris le sens de sa vie et de son oeuvre. Cela, cependant, je ne l'ai retrouvé qu'à moitié dans l'interprétation offerte par le TNM.
C'est un défi de taille que de porter cette pièce sur une scène. La subtilité de l'auteur et la force des personnages ne sont rarement aussi bien rendues que dans le détail du texte même de l'oeuvre. Une oeuvre que j'avais découverte d'abord sous la plume du traducteur Pierre Messiaen, qui a fait des propos de Shakespeare, et ce n'était pas une mince tâche, une pure merveille.
Aussi, c'est avec quelque appréhension que je redoutais la mise en scène de Denise Guilbault et des spécialistes des effets virtuels, Michel Lemieux et Victor Pilon. Mais le traducteur du TNM, Normand Chaurette, a su garder toute la poésie du texte de Shakespeare. Pour ça, chapeau bas.
Quant à Lemieux et Pilon, ils ont donné corps à une représentation de la Tempête tout à fait exceptionnelle, et réussie. Mon jeune fils de 12 ans est resté cloué à son siège pendant plus d'une heure trente, sans aller pisser ni regarder l'heure !
Bien sûr, à la fin de l'enfance, je soupçonne qu'il ait dû mesurer l'écart énorme ente l'expérience de l'auteur, sa vie, ses idées, et les siennes propres. Mais je suis conscient et confiant dans le fait que dans trente ans, il va se remémorer - et qui sait, ce sera peut-être utile à ce moment-là - cette pièce de Shakespeare qu'il ne devrait jamais plus oubliée.
Pour terminer la journée, après en avoir eu plein les oreilles avec Shakespeare, il en a eu plein les yeux avec le Festival en lumière de Montréal, dans le quartier avoisinant.
Nous nous sommes restaurés chez un Italien au coin de la St-Denis, un de ces restos buffet à volonté. L'air frais de Montréal en février et les idées et réflexions de Shakespeare, ça creuse ! Il s'est tapé la salade, la pizza, le spaghetti et, au dessert, comme s'il n'avait pas mangé depuis 3 mois, 2 crêpes et deux tranches de pain doré arrosées de sirop de poteau. Pour un instant, j'ai crains le diabète tellement il y était allé fort !
Avant de rentrer, on s'est rendu au Café Pi. Là, il a joué 4 parties. Je n'oublierai pas la face du gars qui acceptait son défi comme pour lui faire plaisir. Il en a été pour ses frais, même si le fils n'a fait que 1 en 4. Il a dû lutter opiâtrement pour l'emporter. En rentrant, sur l'auroroute 40, j'ai jeté un oeil dans le rétroviseur, il dormait comme un bienheureux. Pariez qu'il n'oubliera pas ni ce samedi, ni Shakespeare, ni le Café Pi.
