Ce Vietnamien est arrivé sans faire de bruit au Club d'échecs de Trois-Rivières, avec une petite voix doucereuse et un air à la fois vachement tranquille et sympathique. Il avait vu le nom du club sur internet. «Binh» a manifesté son désir de s'inscrire au tournoi Paul-Morphy, dont c'est la dernière ronde aujourd'hui. Mais «Binh» ne pourra participer à cette 5è ronde, il repartait pour le Viêt-nam ce 12 octobre. Pourtant, il est assuré de finir en tête. Même sans jouer, il avait déjà 4 victoires. Avant de partir, il est venu nous voir au tournoi par Classe du Québec, et il m'a confié: «Je crois que j'aurais eu un bon tournoi.» C'est fou ce que j'aurais donné pour le voir jouer contre Bolduc ou Kraiouchkine, ou n'importe quel autre. À sa dernière partie, il a affronté un joueur réputé pour sa défensive, ça perçait nulle part. Puis, il a pris 10 ou 12 minutes de réflexion, je ne me souviens plus exactement, et il a poussé le modeste b5 . La position de l'adversaire s'est écroulée comme un château de cartes. Vraiment, j'étais tellement étonné, j'suis allé chercher les meilleurs joueurs du club afin qu'ils apprécient ce «b5» à sa juste valeur. «Binh» était chez nous en stage de recherche à l'université du Québec à Trois-Rivières. Nous lui avons remis un T-shirt avec le logo du club. Ça ne m'étonnerait pas qu'il crée un autre club d'échecs, là-bas.
Il m'a dit avant de partir: «Si j'ai une chance de revenir à Trois-Rivières, je vais la saisir.» J'en doute pas une seule seconde.
Jamais je n'oublierai Thanh-Binh NGUYEN. Et je me suis assuré de garder le contact avec lui au Viêt-nam.
C'est ce que je trouve beau dans la vie et aux échecs. Il n' y a pas deux êtres humains pareils et chacun est irremplaçable. Si je vous parle de ça, c'est qu'il y a un long moment que j'étais venu fréquenter les sites d'échecs - et je m'en désole, du reste - alors que j'ai appris au tournoi par Classe du Québec, trop tardivement, le décès de Yves Casaubon, un autre être exceptionnellement beau en amitié. C'est en voyant le cow-boy (J.R.) que j' ai pensé: « Tiens ! Yves n'est pas là...? Merde ! c'est fini alors.»
J'aimais bien cet homme. Et je suis convaincu que de là-haut il jette encore un oeil aux salles de tournoi. Tiens! Ça ne me surprendrait pas que Yves y soit pour quelque chose dans le venu de ce Vietnamien à Trois-Rivières.
